Aimer trop la viande pour la quitter

★★★

« Le fromage, c’est toute ma vie » ; « J’aime trop la viande » ; « Franchement, rien ne vaut un bon poulet rôti » ; « Ma vie serait tellement triste sans tout ça »

Reconnaissons-le, on manque rarement de passion lorsqu’il s’agit de déclarer son amour pour la nourriture que l’on aime.

Lorsqu’ils apprennent que je suis végétalienne (donc que je ne mange ni viandes, ni poissons, ni œufs, ni produits laitiers), certains me félicitent d’avoir le courage de résister à tous ces plaisirs gustatifs. D’autres ne peuvent refréner une petite mou de désapprobation et d’incompréhension.

Il arrive souvent que ces même personnes m’expliquent avec toute la véracité du monde que leur vie sans fromage (par exemple) ne vaudrait pas la peine d’être vécue.

Je me demande souvent quel aurait été mon discours sur la question lorsque j’étais encore omnivore. En effet, je n’ai jamais rencontré d’autres végétaliens que moi-même. Je sais bien que je ne suis pas la seule (j’en vois d’autres sur la Toile), mais dans mon entourage, point d’herbivore à l’horizon.

Si j’avais fait la connaissance d’un végétalien à l’époque où je n’envisageais pas encore de le devenir moi-même, qu’aurais-je dis ?

Je n’aurais malheureusement jamais la réponse à cette question. En revanche, je me souviens précisément que lorsque je ne connaissais pas du tout ce mode d’alimentation, j’avais une vision assez étrange des végétaliens. Dans mon imaginaire, ces derniers étaient des hippies sectaires, très marginaux, mais surtout des gens ne mangeant pas grand-chose.

Lorsque l’on n’est pas informé sur les détails d’un régime végétalien/vegan, on peut tout à fait se dire : « Ces gens ne bouffent rien. » En termes de cuisine traditionnelle française, une fois que l’on a enlevé beurre, crème, bœuf, volaille, poisson et œuf, en effet, il ne reste plus grand-chose.

Et pourtant, je n’ai jamais eu l’impression de manger aussi varié que depuis que je suis végétalienne.

Toutefois, au-delà de la question de la variété de l’alimentation se pose celle du plaisir : le plaisir de partager, préparer, mais surtout manger de la nourriture à son goût.

Dans son (fameux) discours1, le militant vegan Gary Yourofsky explique qu’il adore le goût de la viande et du fromage, mais que manger ces produits animaux ne lui manque pas. « Rappelez-vous que quand vous devenez végétalien, vous ne renoncez à rien, vous avez les versions végétaliennes » : steaks végétaux, fromages végétaux, laits végétaux, etc.

Bon. Les fins gourmets ne s’y tromperont pas, et pour ma part, je n’essaierai pas de vous la faire à l’envers : ceci n’est qu’à moitié entendable.

Certes, pour ce qui est des nuggets de fast food ou des steaks hachés sous vide, on trouve des versions végétales tout à fait convenables. En revanche, si l’on aborde la question d’une entrecôte saignante de votre boucher, du lapin à la moutarde de votre grand-mère, ou encore d’un fromage AOP de nos régions, l’affaire se corse. Non, il n’y a pas d’alternatives végétales satisfaisantes à ces produits.

En devenant végétalien, on ne retrouve jamais le même goût que celui d’un produit animal « de qualité ». D’une certaine façon, on peut donc considérer que l’on ne retrouve jamais précisément le même plaisir.

Attendez, attendez ! Ne pensez pas que je suis en train d’avouer à demi-mot que (putain) la viande c’est (quand même) trop bon et que rien ne pourra jamais remplacer cela. Le mot clé dans toute cette affaire, c’est celui de plaisir.

Le plaisir est une émotion. En termes d’alimentation, le plaisir que l’on ressent en mangeant est subjectif, variable selon les goûts de chacun. Certains se damneraient pour une part de Roquefort, d’autres ne conçoivent toujours pas que quelqu’un ait eu un jour l’idée de manger un truc pareil.

On peut donc aisément affirmer que l’on peut trouver autant de plaisir gustatif dans une alimentation végétalienne que dans une alimentation omnivore. Vous pouvez vous réjouir autant de manger des cerises qu’une escalope de dinde. Le goût n’est pas le même, mais le plaisir conféré peut être de même intensité.

Nous en arrivons à la seconde réflexion que peut amener la question : certes, on peut trouver autant de plaisir à travers divers aliments, mais pourquoi se priver (d’autant plus totalement) de certains d’entre eux ? Quelque soit la source du plaisir, s’en priver amène à la frustration !

Ici, le débat s’élève un peu plus, et le plaisir devient une notion parmi d’autres, s’intégrant à celle d’une démarche, d’une conception beaucoup plus large des choses.

D’une part, je ne suis pas frustrée par mon alimentation, parce qu’elle m’apporte une même intensité de plaisir que lorsque j’étais omnivore. D’autre part, je ne souffre pas de l’absence du plaisir gustatif que pourrait m’apporter les produits animaux, dans la mesure où mon choix de ne plus les consommer est motivé par des préoccupations de santé, d’écologie et d’éthique.

En résumé, mon alimentation ne se résume pas qu’à la question du plaisir gustatif. C’est une composante de mon quotidien qui me définit et que je veux en accord avec mes idées, mes principes et mes préoccupations. Le plaisir que m’apporte le fait de suivre une alimentation qui fait sens pour moi compense largement (si ce n’est dépasse) le plaisir que je n’ai plus, à savoir celui de manger des produits animaux.

J’ajoute également que lorsque l’on devient végétalien/vegan, au fil du temps, le corps change. La pensée et la vue d’un poisson grillé ou d’un chèvre fermier ne provoquent plus les mêmes réactions. Votre alimentation active d’autres circuits ; votre corps et votre esprit n’ont plus les mêmes envies. Ainsi, si vous décidez de devenir végétalien, sachez qu’en étant en accord avec vos idées, la tentation et le manque des produits animaux ne se feront que peu ressentir et s’estomperont rapidement. La rupture avec la viande (et autres) s’avère parfois étonnement simple.

Devenir végétalien, c’est adopter une philosophie de vie. Quelle que soit la motivation première (santé, écologie, protection des animaux), ce « simple » changement d’alimentation bouleverse souvent bien plus que le contenu d’une assiette. S’interroger sur la façon dont nous nous nourrissons amène souvent une réflexion sur notre rapport au corps, à notre consommation, notre vie, et notre place dans le monde.

Personnellement, j’ai aussi découvert une autre forme de plaisir : le plaisir non-coupable de manger une nourriture saine, grâce à laquelle je me régale en me faisant du bien, et sans faire de mal à d’autres. Et ça, ça n’a pas de prix.

★★★


1Le discours de Gary Yourofsky

2 commentaires sur “Aimer trop la viande pour la quitter

  1. J’ai arrêté le fromage il y a très peu, et c’est grâce à mon voyage en Asie où le bon fromage n’est pas facilement trouvable et/ou très chère, du coup depuis que je suis rentrée chez moi, je n’en ai pas touché !
    Mais quelque mois en arrière il me semblait impossible d’arrêter de manger du frôÔmage car c’est trop bôÔn!
    Et finalement…

    Aimé par 1 personne

  2. Je me souviens tres bien avoir été persuadée que je ne pourrais JAMAIS arrêter le fromage… Même quand j’étais déjà végétarienne ! Finalement c’est le fait de ne pase mettre la pression qui a fonctionné, j’ai juste diminué diminué diminué en me disant on verra bien … Et à un moment j’ai arrêté. Aujourd’hui je te rejoins vraiment sur ce que tu expliques, ma vie gastronomique est largement aussi variée et pleine de plaisir

    Aimé par 1 personne

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